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Il y a 35 ans, les départs en vacances étaient toute une entreprise, même si on n'allait pas loin. D'abord, on déballait la carte routière sur la table de cuisine, pour avoir une vue globale de la France. Là, il y avait toujours quelqu'un pour poser son doigt sur le lieu de départ, son bras ayant pour effet de cacher le reste du plan.
Puis on cherchait fébrilement l'endroit de destination. Quand on l'avait trouvé (dans un grand cri de triomphe) une autre personne y posait aussi un index ferme. Personne ne voyait plus rien et on en était quitte pour faire des réflexions du genre: ''comme c'est loin! '' ou bien ''finalement, on y sera vite'' et un adulte finissait par raisonner le reste de l'assistance, en persuadant les spectateurs qu'il fallait qu'il prépare l'itinéraire. Il faut dire que voilà 35 ans, le réseau autoroutier n'était pas aussi développé qu'aujourd'hui, et que bien souvent il n'y avait pas d'autres alternatives que de traverser des grandes villes, où on pouvait rester bloqué derrière un camion fumant et bruyant pendant des heures, sous une canicule épouvantable.
Maintenant, quand on regarde une carte géographique de la France, on a l'impression d'y voir une gigantesque araignée, dont les pattes seraient les axes principaux.
L'autre choix était de prendre le train. Les gares semblaient immenses et sales, et les wagons n'étaient accessibles qu'au prix d'immenses efforts par une sorte d'échelle rudimentaire. Il y avait toujours un gentil monsieur qui, dans un geste de solidarité vacancière, attrapait les bagages des gens restés sur le quai. On était très mal assis dans des compartiments dont les banquettes de plastique vert collaient à nos cuisses d'enfants. Les messieurs polis allaient fumer dans le couloir, et quand le contrôleur passait, ils devaient s'aplatir contre la vitre extérieure pour le laisser passer. On savait qu'on se rapprochait du lieu des vacances, lorsqu'aux arrêts des gares portant des noms inconnus, on entendait parler avec un accent de plus en plus incompréhensible dans les hauts parleurs. L'arrêt était toujours ''buffet'', comme si, en trois minutes, il avait été possible de descendre du train, courir manger une choucroute, payer, et remonter dans le wagon! !
Maintenant, les trains sont plus rapides, plus silencieux, plus fréquents, et c'est la même dame qui fait les annonces dans toutes les gares de France.
Il n'y a plus ce charmant folklore, ce parfum d'aventure qu'on ressentait à ce moment-là, mais avouons-le, on y a gagné en temps et en organisation! ! !
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